{"id":1522,"date":"2024-12-20T13:20:01","date_gmt":"2024-12-20T13:20:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sante-pourtous.net\/?p=1522"},"modified":"2024-12-20T16:43:33","modified_gmt":"2024-12-20T16:43:33","slug":"abus-de-drogue-et-droits-humains-lheure-est-grave-et-si-rien-nest-fait-lavenir-au-burkina-faso-sera-sombre-tegawende-landry-ouedraogo-coordonnateur-de-la-plateforme-nati","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sante-pourtous.net\/?p=1522","title":{"rendered":"Abus de drogue et droits humains : \u00ab l\u2019heure est grave et si rien n&rsquo;est fait, l&rsquo;avenir au Burkina Faso sera sombre\u00bb, Tegawende Landry Ouedraogo, membre de la plateforme nationale de plaidoyer et de lutte contre l&rsquo;abus de drogue"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>La consommation de drogues sous toutes ses formes prend de plus en plus d\u2019ampleur au Burkina Faso surtout chez les jeunes. Une situation que Tegawende Landry Ouedraogo, CEO de Lumi\u00e8re Afrique Vision Plus et membre de la plateforme nationale de plaidoyer et de lutte contre l&rsquo;abus de drogue, formateur des formateurs certifi\u00e9s des Nations-Unies en pr\u00e9vention de l&rsquo;abus des drogues et en r\u00e9duction des risques qui y sont li\u00e9s, qualifie de \u00abgrave\u00bb avec de nombreuses cons\u00e9quences si rien n\u2019est fait. Dans cette interview, l\u2019expert en intervention en milieu scolaire pour la pr\u00e9vention de l&rsquo;abus des drogues, interpelle l\u2019ensemble des acteurs de la lutte \u00e0 prendre le taureau par les cornes, car si rien n&rsquo;est fait, l&rsquo;avenir au Burkina Faso sera sombre.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sant\u00e9 pour tous : Quel est l&rsquo;\u00e9tat des lieux de l&rsquo;abus de drogue aujourd&rsquo;hui au Burkina Faso ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Plus de 90% de ces \u00e9coles ont un probl\u00e8me de consommation de drogue<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Tegawende Landry Ouedraogo <\/strong>: Je dirais sans risque de me tromper que l&rsquo;heure est tr\u00e8s grave et m\u00eame tr\u00e8s grave. J\u2019ai 20 ans d&rsquo;exp\u00e9rience terrain. Depuis une d\u00e9cennie, on sonne sur la sonnette d&rsquo;alarme mais apparemment, \u00e7a tombe dans les oreilles de sourds. Personne ne s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la question. Ou du moins, chacun dit que c&rsquo;est chez l&rsquo;autre, mais \u00e7a va venir t\u00f4t ou tard. J&rsquo;ai fait plus de 300 \u00e9coles au Burkina ici et plus de 90% de ces \u00e9coles ont un probl\u00e8me de consommation de drogue.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que l&rsquo;\u00e9lite de demain, ce sont les \u00e9l\u00e8ves d\u2019aujourd\u2019hui. Du primaire jusqu&rsquo;au sup\u00e9rieur en passant par le post-primaire et le secondaire, la drogue est l\u00e0. La drogue circule, la drogue est disponible et consomm\u00e9e par nos enfants. Le Burkina fait partie d&rsquo;un monde o\u00f9 actuellement, le rapport annuel 2024 de l&rsquo;Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime qui est l&rsquo;instance onusienne charg\u00e9e des questions de drogue, le dit clairement. La consommation de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale de la drogue s&rsquo;est accrue de fa\u00e7on vertigineuse. Et avec un focus sur les consommateurs de drogue injectable. En 2022, ce sont 13,9 millions de personnes qui consomment la drogue de fa\u00e7on injectable. C&rsquo;est extr\u00eamement grave avec les risques de contraction de VIH\/Sida qui est tr\u00e8s accru \u00e9galement. Il y a 64 millions de personnes qui consomment la drogue de fa\u00e7on probl\u00e9matique en 2022. Presque trois fois la population du Burkina Faso. L&rsquo;heure est extr\u00eamement grave. De 2019 \u00e0 2023, ce sont 20 tonnes de coca\u00efne qui ont \u00e9t\u00e9 saisies en Afrique de l&rsquo;Ouest. Ces drogues \u00e9taient venues pour la consommation par qui ? Par nos enfants, par nos populations. Donc l&rsquo;heure est tr\u00e8s grave. Donc il y a le lieu d&rsquo;interpeller tout le monde pour que chacun s&rsquo;implique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels sont les types de stup\u00e9fiants et de drogues qui sont couramment consomm\u00e9s par ces jeunes ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Si rien n&rsquo;est fait, l&rsquo;avenir au Burkina Faso sera sombre.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, il y a l&rsquo;alcool qui plus ou moins aujourd&rsquo;hui, est tol\u00e9r\u00e9 notamment les alcools frelat\u00e9s. Les Fax, les voddy qui peuvent aller jusqu&rsquo;\u00e0 20, 30% de taux d&rsquo;alcool consomm\u00e9s au vu et au su de tous. Nous avons la chicha qui est consomm\u00e9e \u00e9galement au vu et au su de tous. Heureusement, aujourd&rsquo;hui, il y a un arr\u00eat\u00e9 municipal qui interdit cela. Mais pire, il y a des parents qui paient la chicha et qui vont donner \u00e0 leurs enfants \u00e0 la maison pour qu&rsquo;ils consomment par ignorance. Nous avons le cannabis qui est la drogue la plus consomm\u00e9e dans le monde entier. Et le Burkina n\u2019en fait pas exception. C&rsquo;est accessible et \u00e7a pousse partout. Nous avons m\u00eame la coca\u00efne qui est consomm\u00e9e par nos enfants. Et nous avons l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne qui est un d\u00e9presseur du syst\u00e8me nerveux central, qui est une drogue \u00e0 un potentiel hautement addictif. Et qui est consomm\u00e9e par nos enfants. Sans parler des opio\u00efdes, des combinaisons que nos enfants font avec des produits cod\u00e9in\u00e9s associ\u00e9s \u00e0 un certain nombre de produits pour fabriquer leurs propres drogues de synth\u00e8se. Donc aujourd&rsquo;hui, il ne faut pas qu&rsquo;on se leurre. Il ne faut pas qu&rsquo;on ferme nos yeux. L&rsquo;heure est grave. Et si rien n&rsquo;est fait, l&rsquo;avenir au Burkina Faso sera sombre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>On parle de droits humains dans toutes les sph\u00e8res et pourtant&#8230;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les consommateurs de drogues sont des \u00eatres humains. Ils ont tous les droits qu&rsquo;ont les \u00eatres humains <em>\u00ab normalement \u00bb<\/em>. Mais malheureusement, ce que nous constatons sur le terrain, c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont marginalis\u00e9s. Ils n\u2019ont pas droit aux droits les plus fondamentaux. Notamment le droit \u00e0 la vie, le droit \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9. Et l\u00e0, c&rsquo;est extr\u00eamement grave parce qu&rsquo;ils vivent au sein de la m\u00eame population que nous. Et si le taux de pr\u00e9valence en VIH\/Sida dans leur milieu est \u00e9lev\u00e9, ils risquent de tirer le taux de la population g\u00e9n\u00e9rale. Je suis d\u00e9sol\u00e9, mais c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9. Donc, il faut qu&rsquo;on ouvre les yeux et regarder les droits de ces consommateurs de drogue qui sont consid\u00e9r\u00e9s comme des populations cl\u00e9s, des personnes vuln\u00e9rables. Et les maladies qu&rsquo;on adresse, que ce soit le VIH\/Sida, la tuberculose, le paludisme et les autres comorbidit\u00e9s, c&rsquo;est une r\u00e9alit\u00e9 au sein de cette population. Il faut qu&rsquo;on adresse cela. Il faut qu&rsquo;on leur ouvre grandement les portes des services de sant\u00e9 pour leur permettre de se soigner.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels sont les pistes de solutions que vous pouvez proposer ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il faut changer de paradigme<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Les solutions sont claires et simples. La premi\u00e8re des choses, c&rsquo;est de former les acteurs de sant\u00e9 sur la probl\u00e9matique de la drogue. Beaucoup ne savent pas, beaucoup ne sont pas suffisamment outill\u00e9s. Ce qui fait que lorsqu\u2019ils arrivent, on dit les drogu\u00e9s \u00e0 part, les bonnes personnes \u00e0 part. C&rsquo;est stigmatisant. Il faut donc les former pour qu&rsquo;ils sachent que c&rsquo;est un probl\u00e8me \u00e0 adresser et que s&rsquo;ils ne l&rsquo;adressent pas, il y aura un impact sur la population g\u00e9n\u00e9rale. Il y a \u00e9galement qu&rsquo;il nous faut des centres de prise en charge sp\u00e9cialis\u00e9s. Jusqu&rsquo;au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;existe pas un centre int\u00e9gr\u00e9 de prise en charge des consommateurs de drogue au Burkina pour le moment. Et \u00e7a, c&rsquo;est un plaidoyer fort que je fais depuis longtemps. Il nous faut cela pour pouvoir soigner nos consommateurs de drogues. Le terme drogu\u00e9, nous, on ne l&rsquo;utilise pas parce que c&rsquo;est stigmatisant. Ce sont des consommateurs de drogues. Ce n&rsquo;est pas eux le probl\u00e8me. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est la drogue. Donc il faut qu&rsquo;on change de paradigme, notre fa\u00e7on de voir les choses. En fait, c&rsquo;est un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique. Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 est interpell\u00e9 parce que c&rsquo;est un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique. Il faut qu&rsquo;on l&rsquo;adresse. Il faut qu&rsquo;on le regarde droit dans les yeux et le traiter comme il se doit. Sinon, plus tard, \u00e7a sera trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Est ce \u00e0 que le centre de prise en charge du CHU Yalghado n&rsquo;est pas sp\u00e9cialis\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce centre fait ce qu&rsquo;il peut mais ce n&rsquo;est pas un centre sp\u00e9cialis\u00e9 int\u00e9gr\u00e9. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle <em>\u00ab all in one \u00bb <\/em>en prise en charge. Non, ce n&rsquo;est pas un centre sp\u00e9cialis\u00e9 int\u00e9gr\u00e9. Il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;abord au Burkina. Je parle en tant que consultant international en pr\u00e9vention de l&rsquo;abus des drogues. Il y a un certain nombre de normes qu&rsquo;il faut. Et le centre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Yalghado fait ce qu&rsquo;il peut. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 bon. Mais ce n&rsquo;est pas arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Propos recueillis par Abel Azonhand\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La consommation de drogues sous toutes ses formes prend de plus en plus d\u2019ampleur au Burkina Faso surtout chez les jeunes. 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