La Journée mondiale du rein est célébrée chaque année le deuxième jeudi du mois de mars. À l’instar des autres nations, le Burkina Faso s’associe à cette importante commémoration, qui constitue une occasion privilégiée de sensibiliser la population à l’importance de la santé rénale, notamment à travers la prévention et le contrôle des facteurs de risque. Cette journée offre également l’opportunité de faire la synthèse des principales réalisations de mon département en matière de santé rénale et de partager les défis et les perspectives qui s’offrent à nous.
Cette année, la Journée mondiale du rein est placée sous le thème : « La santé rénale pour tous : prendre soin des personnes, protéger la planète ».
Ce thème souligne, d’une part, l’importance de garantir à chaque citoyen, sans distinction, un accès équitable à la prévention, au dépistage précoce et à des soins de qualité contre les maladies rénales. D’autre part, il met en lumière le lien étroit entre la santé humaine et celle de notre environnement. En effet, un environnement sain et des conditions de vie adéquates contribuent à prévenir de nombreuses maladies, y compris les maladies rénales. Protéger notre planète, c’est aussi protéger la santé des générations présentes et futures.
Lors de la 78e Assemblée mondiale de la santé, tenue en 2025, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a adopté une résolution historique visant à réduire la charge des maladies non transmissibles, en promouvant la santé rénale et en renforçant la prévention ainsi que le contrôle des maladies rénales. C’était la première fois que la santé rénale figure parmi les priorités de l’agenda mondial de la santé.
En effet, l’insuffisance rénale chronique est un problème de santé publique au niveau mondial. Selon l’OMS, un adulte sur dix souffre d’une affection rénale, ce qui équivaut à près de 850 millions de personnes dans le monde. Parmi elles, environ 674 millions de personnes vivent avec une maladie rénale chronique, soit 9% de la population mondiale. Les maladies rénales occupaient la 17e cause de décès en 1990, la 10e en 2019, et si rien n’est fait, elles pourraient devenir la 5e cause de décès dans le monde en 2050.
En Afrique, leur ampleur réelle reste mal connue, faute de registres nationaux. Toutefois, la prévalence des maladies rénales en Afrique subsaharienne est estimée entre 11 à 13%. Selon les projections, les maladies rénales pourraient devenir la cinquième cause de mortalité en Afrique d’ici 2040, touchant majoritairement des personnes relativement jeunes, contrairement aux pays développés où elles affectent surtout les personnes âgées.
Au Burkina Faso, en 2023, on estimait à 2,5 millions le nombre de personnes atteintes de maladie rénale chronique, dont la plupart ignorent encore leur état. Dans de nombreux cas, le diagnostic intervient à un stade avancé, lorsque la dialyse devient nécessaire. En milieu hospitalier, plus du tiers des patients sont en phase terminale, avec l’hémodialyse comme seule alternative thérapeutique disponible. En 2024, l’insuffisance rénale chronique a été responsable de 1301 décès, représentant la 8e cause de mortalité dans notre pays.
Les causes majeures et les tendances préoccupantes
Les principales causes de l’insuffisance rénale chronique sont le diabète et l’hypertension artérielle. On estime qu’environ 30 à 40% des personnes atteintes de diabète développent une maladie rénale chronique. L’hypertension constitue quant à elle la 2e cause d’insuffisance rénale chronique dans le monde après le diabète. Ces deux maladies provoquent des lésions des petites artères et des glomérules rénaux, entraînant une altération progressive de la fonction rénale. Au Burkina Faso, les enquêtes nationales sur les facteurs de risque des maladies non transmissibles (STEPS) montrent une progression préoccupante de ces pathologies. Entre 2013 et 2021, la prévalence de l’hypertension artérielle est passée de 17,6 à 18,2%, tandis que celle du diabète est passée de 4,9 à 7,6%. Un diagnostic précoce et un contrôle rigoureux de ces maladies sont essentiels pour ralentir l’évolution vers les maladies rénales chroniques.
Les actions engagées par le gouvernement
Face à cette situation, le Gouvernement a engagé plusieurs initiatives structurantes.
Le ministère de la Santé a notamment élaboré un 𝐏𝐥𝐚𝐧 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭é𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐧𝐭é𝐠𝐫é 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐮𝐭𝐭𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐦𝐚𝐥𝐚𝐝𝐢𝐞𝐬 𝐧𝐨𝐧 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐦𝐢𝐬𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝟐𝟎𝟐𝟒-𝟐𝟎𝟐𝟖, axé sur la prévention, la sensibilisation, le dépistage précoce et la prise en charge adaptée. En outre, notre pays dispose de sept centres d’hémodialyse fonctionnels dans les hôpitaux publics, notamment au :
- CHU Yalgado Ouédraogo,
- CHU de Bogodogo,
- CHU de Tengandogo,
- CHU Sanou Sourou,
- CHRU de Ouahigouya,
- CHR de Tenkodogo,
- CHR de Gaoua)
Cinq nouveaux centres d’hémodialyse sont également prévus pour 2026 dans les hôpitaux suivants :
- CHU de Pala,
- CHRU de Fada N’Gourma,
- CHR de Dédougou,
- CHR de Dori,
- CHR de Banfora.
Afin d’améliorer l’accessibilité financière aux soins, le Gouvernement a également décidé, le 13 mars 2024, de réduire significativement le coût de la dialyse dans les hôpitaux publics. Ainsi, le coût d’une séance de dialyse est passée de 15 000 FCFA à 2 500 FCFA et la caution de 500 000 FCFA auparavant exigée pour accéder à la dialyse a été supprimée.
La transplantation rénale : une avancée historique
Le Burkina Faso a franchi une étape majeure dans le domaine de la médecine avec la réalisation de sa première transplantation rénale le 29 juillet 2025 au CHU de Tengandogo. En février 2026, une deuxième série de transplantations rénales a été réalisée avec succès chez deux nouveaux patients. Ces interventions ont été réalisées par une équipe de médecins Burkinabè, en collaboration avec des spécialistes turcs. Ces interventions témoignent de la progression du programme national de transplantation et du renforcement des capacités des équipes médicales nationales.
Les 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐦𝐨𝐧 𝐝é𝐩𝐚𝐫𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭
Pour renforcer la lutte contre les maladies rénales, les priorités du ministère de la Santé portent notamment sur :
- La prévention de la maladie rénale chronique et de l’insuffisance rénale ;
- L’amélioration de l’accès aux services de dialyse par l’ouverture de nouveaux centres d’hémodialyse ;
- Le maintien de l’accès financier aux soins et services de dialyse ;
- la poursuite et le développement du programme de transplantation rénale comme alternative durable à la dialyse.
Cependant, au regard de l’ampleur de la maladie rénale et des conséquences sociodémographiques dans notre pays, j’en appelle à la prévention, qui reste la meilleure arme contre la maladie rénale chronique et l’insuffisance rénale. J’invite donc l’ensemble de la population, en particulier les adultes, à contrôler régulièrement leur tension artérielle et leur glycémie, au moins une fois par an. La prévention de la maladie rénale chronique et de l’insuffisance rénale passe aussi par :
- La lutte contre l’automédication et les médicaments de la rue
- L’adoption d’un mode de vie sain : pratique régulière d’une activité physique, alimentation équilibrée, modération de la consommation de sel, de sucre, de graisses et d’alcool, arrêt du tabac.
Chers compatriotes, en cette Journée mondiale du rein, j’en appelle à la responsabilité individuelle et collective. Protégeons nos reins en adoptant des comportements de prévention. Ensemble, mobilisons-nous pour freiner la progression des maladies rénales dans notre pays.
Dr Robert Lucien Jean-ClaudeKargougou, ministre de la Santé
Officier de l’Ordre de l’Étalon
















