Chaque année, environ 1 000 enfants naissent au Burkina Faso avec le pied bot congénital. Un chiffre qui interpelle lorsqu’on sait que le principal partenaire du pays sur cette pathologie, Hope Walks, ne peut financer les soins gratuits que pour environ 350 d’entre eux. Que deviennent alors les 700 autres enfants ?
Le pied bot, ou « Pied Bot Varus Equin Congénital », est une malformation présente dès la naissance, dans laquelle le pied est tourné vers l’intérieur et vers le bas. On la reconnaît à travers quatre déformations caractéristiques, résumées par l’acronyme « CAVE » : Cavus, Adductus, Varus, Equin. Dans 50 % des cas, la malformation est bilatérale ; dans les 50 % restants, elle est unilatérale. Et selon le Dr Fayçal Oubda, manager du projet Pied bot au Burkina, elle touche deux fois plus les garçons que les filles.
À l’échelle mondiale, entre 180 000 et 200 000 enfants naissent chaque année avec cette pathologie, dont 90 % dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Selon les données 2023 du GCI (Global Clubfoot Initiative), seulement 20 % de ces enfants ont accès à un traitement de qualité.

Jacob Sawadogo, Directeur général de l’hôpital Schiphra de Ouagadougou
Alors que « le pied bot est considéré dans nos communautés comme une fatalité, une malédiction où encore comme un sort, pourtant, il s’agit juste d’une malformation qui est accessible au traitement. Un traitement efficace qui permet aux enfants malades d’en guérir complètement », fait remarquer Jacob Sawadogo, Directeur général de l’hôpital Schiphra de Ouagadougou,
« Non traité, le pied bot provoque un handicap grave et permanent : ulcères, douleurs, impossibilité de porter des chaussures, difficultés à marcher, stigmatisation et discrimination, avec à la clé des opportunités d’éducation et d’emploi réduites », ajoute Dr Fayçal Oubda.
Le Programme Pied Bot Hope Walks : 8 années d’action au Burkina
Depuis 2017, un partenariat unit l’Hôpital Protestant Schiphra de l’Église des Assemblées de Dieu du Burkina et l’ONG Hope Walks — un partenariat renouvelé en juillet 2025. Né officiellement le 1er décembre 2017, le Programme Pied Bot s’appuie sur une mission claire : libérer les enfants et leurs familles du fardeau physique, émotionnel et économique du pied bot congénital.
Le résultat, 8 ans plus tard est éloquent : plus de 2 000 enfants détectés et traités gratuitement, répartis dans 8 centres partenaires à travers le pays. Il s’agit notamment de l’Hôpital Protestant Schiphra de Ouagadougou, le Centre Médico-Chirurgical Morija de Kaya, le Centre Hospitalier Régional de Tenkodogo, le CHU Souro Sanou de Bobo-Dioulasso, le Centre Espoir de Fada, le Centre Yik-N-Kene de Koudougou, le Centre Médico-Chirurgical Pédiatrique Persis de Ouahigouya et le Centre Hospitalier Régional de Ziniaré. Un effort rendu possible grâce à 417 026 659 FCFA injectés par les partenaires du programme, au premier rang desquels Hope Walks.
La méthode Ponseti : gratuite pour les familles, mais pas sans coût réel
Le traitement de référence utilisé est la méthode de Ponseti, reconnue comme la meilleure pratique au monde avec une efficacité prouvée de 95 % — plus efficace que la chirurgie classique autrefois utilisée. Elle se déroule en deux étapes : une phase de correction (manipulations et plâtrage hebdomadaire suivis d’une ténotomie du tendon d’Achille), puis une phase de maintenance par le port d’attelles, 23 heures par jour durant les trois premiers mois, puis la nuit et pendant les siestes jusqu’à l’âge de 5 ans.
Ce traitement est entièrement gratuit dans les centres partenaires pour les enfants de 0 à 5 ans. Mais son coût réel, lui, est loin d’être nul : il est estimé à 520 000 FCFA sur 5 ans — 250 000 FCFA la première année (10 rendez-vous, plâtrage et ténotomie), 120 000 FCFA la deuxième année, puis 50 000 FCFA pour chacune des trois années suivantes.
350 enfants soutenus, près de 700 laissés dans l’incertitude
C’est là que le bât blesse. Chaque année, Hope Walks soutient les soins gratuits d’environ 350 enfants. Or, ce sont bien 1 000 enfants qui naissent chaque année au Burkina avec le pied bot. Il manque donc des partenaires pour combler ce fossé et offrir un traitement aux 650 autres enfants qui risquent de basculer dans un handicap à vie.
Comment combler ce fossé ?
Le Programme Pied Bot articule son action autour de quatre axes : l’accès au traitement (fourniture de plâtres et d’attelles), le volet médical (formation annuelle des agents de santé, supervision semestrielle des équipes), le volet counseling (un conseiller parental par centre, chargé du suivi et des visites à domicile) et la sensibilisation.
Pour combler le gap, plusieurs formes de soutien sont recherchées : le parrainage du traitement complet d’un enfant (520 000 FCFA de 0 à 5 ans), la formation médicale annuelle et celle des conseillers, le soutien au transport des patients vulnérables, la formation des agents de santé à la détection précoce, la confection des attelles, l’achat de matériel médical ou encore la sensibilisation communautaire. Le programme peut déjà s’appuyer sur plusieurs partenaires, dont le ministère de la Santé du Burkina, l’Église des Assemblées de Dieu du Burkina, la Fédération des Églises et Missions Évangéliques du Burkina, Compassion International Burkina et le Réseau des Journalistes et Média pour le Pied Bot.

Une vingtaine de journalistes très attentifs aux explications du Dr Fayçal Oubda sur le Pied bot
C’est précisément dans cette logique de mobilisation que s’inscrit l’atelier de formation des journalistes organisé le 11 août 2026 à l’Hôpital Protestant Schiphra pour outiller les médias pour qu’ils deviennent, à leur tour, des relais de détection précoce et de lutte contre la stigmatisation jusqu’à la constitution annoncée d’un réseau de journalistes ambassadeurs du pied bot congénital.
Abel AZONHANDE
















