À moins de deux ans de l’échéance 2028, le Réseau des parlementaires pour la sécurité nutritionnelle (REPASEN) dresse un bilan à double tranchant des engagements pris par le Burkina Faso lors du sommet Nutrition pour la croissance (N4G 2025) : des avancées budgétaires réelles, mais un chemin encore long avant l’objectif fixé.
C’est dans le cadre du sommet Nutrition pour la croissance (N4G 2025) que le Burkina Faso a pris ses engagements internationaux en matière de nutrition. L’objectif est clair : réduire la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans et sécuriser des financements pérennes pour y parvenir. Sur le terrain, la mise en œuvre ne repose pas sur un seul acteur. L’État, via le Secrétariat en charge de la multisectorialité pour la nutrition, pilote le dispositif aux côtés d’autres acteurs institutionnels dont le REPASEN, qui joue un rôle de veille et de plaidoyer.
« Le budget alloué par l’État à la nutrition a connu une évolution, et lors des résultats du financement de la nutrition de 2016 à 2018, on était à 1,1 %. De 2019 à 2021, le budget est passé à 1,72 %, et en 2023, le budget est passé à 2,0 %. », indique Boubacar Balboné, Coordinateur du REPASEN. Le député à l’Assemblée législative du peuple salue cette avancée, mais reconnait qu’il y a des efforts qui restent à faire pour atteindre les 5 %. Il rappelle par ailleurs, qu’une étude reste nécessaire pour situer précisément le niveau actuel du budget.

Boubacar Balboné, Coordinateur du REPASEN
Le combat pour une budgétisation « sensible à la nutrition »
Le REPASEN concentre aujourd’hui son plaidoyer sur plusieurs fronts concrets :
- Une budgétisation sensible à la nutrition, pour identifier facilement les activités liées à la nutrition dans le budget de l’État et permettre aux parlementaires de vérifier que les fonds sont réellement utilisés à cette fin.
- Le droit à l’alimentation, dont la reconnaissance permettrait de mener davantage d’activités en lien avec la nutrition.
- Le financement endogène, à travers les cantines scolaires et la contribution des populations selon leur production agricole au niveau village ou secteur, plutôt que la seule attente de financements extérieurs.
- La détaxation des intrants entrant dans la production des aliments liés à la nutrition, notamment les aliments thérapeutiques.
Un décret non appliqué, une loi réclamée
Point de friction relevé par Boubacar Balboné : le décret sur la commercialisation des substituts du lait maternel n’est toujours pas appliqué sur le terrain. Le REPASEN plaide non seulement pour son application, mais pour l’adoption d’une loi sur le sujet, « parce que la loi est plus dissuasive ».
Autre chantier en suspens : l’ancrage institutionnel de la nutrition, censé se situer au niveau de la présidence du Faso, n’est pas encore une réalité. Le Réseau des parlementaires réfléchit à interpeller le gouvernement à ce sujet par le biais d’une question écrite.
Sur l’équation des financements, Boubacar Balboné illustre le problème par un exemple chiffré : « On peut mobiliser plus de 400 milliards de francs CFA mais s’il n’y a que 100 milliards qui sont utilisés pour les interventions spécifiques ou sensibles et que les 300 autres milliards sont utilisés pour des activités qui n’ont pas de lien avec la nutrition, cela peut causer problème. Oeuvrons à une utilisation effective du budget aloué a la nutrition.»
Abel AZONHANDE
















