La Ligue des Consommateurs du Burkina (LCB) affirme que les pénuries de carburant observées ces dernières semaines n’étaient pas dues à un manque de stock, mais à des réseaux de fraude qui détournaient le gasoil subventionné vers les pays voisins. Une révélation qui éclaire d’un jour nouveau la récente hausse des prix à la pompe. Cependant, la LCB prend acte, mais reste vigilante face à la hausse du prix du gasoil. C’est du moins ce qui ressort de la conférence de presse qu’elle a organisé ce 15 août 2026 à Ouagadougou.
Depuis le début de cette semaine, le prix du litre de gasoil est passé de 675 à 750 FCFA à la pompe, soit une hausse de 75 FCFA. Une décision gouvernementale que la Ligue des Consommateurs du Burkina dit avoir vue venir. Selon Marcel Kouraogo, président de l’association, plusieurs signaux annonciateurs avaient déjà été relevés en amont : la pression croissante exercée par les tensions géopolitiques mondiales sur les cours du baril, mais aussi des ruptures récurrentes de carburant signalées par ses sections provinciales, notamment dans les zones frontalières.
Selon Marcel Kouraogo,les investigations menées par l’association montrent que les pénuries observées sur le terrain ne résultaient pas d’un déficit de stock à la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY). En cause, selon la Ligue, des pratiques frauduleuses organisées : des réseaux illicites détourneraient du carburant subventionné en ravitaillant des camions-citernes à destination des pays voisins.
Ce siphonage aurait progressivement asséché les cuves locales, provoquant de fausses pénuries sur le marché intérieur tout en alimentant, selon la LCB, un marché noir spéculatif transfrontalier.
La LCB prend acte, mais reste vigilante
Face à cette hausse, la LCB dit prendre acte de la décision gouvernementale. L’association se réjouit néanmoins que le super 91 et le gaz butane aient été épargnés par le réajustement. Elle rappelle toutefois qu’au Burkina Faso, toute hausse dans le secteur des hydrocarbures fragilise davantage le pouvoir d’achat des ménages et accentue la vie chère.
Cinq exigences pour couper court à la fraude
Pour endiguer ce phénomène et protéger les consommateurs, la Ligue formule cinq demandes précises aux autorités :
– Renforcer les contrôles en combinant l’action des structures étatiques de contrôle et de répression, des sanctions exemplaires et une vigilance citoyenne accrue ;
– Interdire strictement tout approvisionnement suspect par des camions-citernes étrangers, en dehors des circuits officiels d’exportation non subventionnés ;
– Instaurer un moratoire obligatoire avec les syndicats de transporteurs, afin de geler toute hausse des tarifs de transport en commun et de fret routier et d’éviter une répercussion directe sur les consommateurs ;
– Réinjecter tout surplus fiscal généré par l’État dans la subvention des produits de grande consommation, pour protéger le pouvoir d’achat et garantir l’accès équitable aux denrées essentielles ;
– Engager des réformes profondes sur les autorisations d’ouverture des stations-service, ainsi que sur la commercialisation et l’utilisation du gaz butane subventionné.
Abel Azonhandé
















