Sur la plaine irriguée de Bagré Pôle, un projet financé par l’Agence italienne pour la coopération et le développement allie production, transformation et vente locale. Les témoignages recueillis sont édifiants : des revenus en hausse et des rôles qui évoluent au sein des foyers.
Une chaîne locale pensée de bout en bout
Mis en œuvre par Salutee Sviluppo en collaboration avec l’ONG locale Santé et Promotion humaine, le projet « Cultiver la valeur » vise à réduire la vulnérabilité économique et alimentaire de la population. Il s’appuie sur l’entreprise SAPH SARL et agit sur trois volets, à savoir l’élevage et la laiterie, la production de riz sur plaine pour diversifier les aliments disponibles, et l’accompagnement des associations de femmes de Bagré.
L’objectif visé est d’aboutir à un meilleur accès aux denrées de base pour les populations vulnérables, ainsi qu’à la création d’emplois générant des revenus.
La laiterie, ou la fin du retour bredouille à la maison
Maïmouna Diallo, productrice de lait de vache, résume le changement opéré en ces termes : « avant le projet, je rentrais souvent du marché avec mon lait invendu. Aujourd’hui, je le livre à la laiterie qui le paye sap sap (rapidement) et je retourne à mes activités ménagères. Mon époux vient chercher l’alimentation pour le bétail sur place, grâce à l’usine d’aliments pour bétail et au site d’herbes fourragères »
Maïmouna Diallo, productrice de lait de vache
La laiterie boucle donc le circuit. Sa gérante, Alice Zangréanogo, explique que le lait y est transformé en yaourt, en fromage et en lait frais, lesquels sont revendus à moindre coût aux populations. Les éleveurs y trouvent un débouché, et les habitants, un produit plus accessible. « Au niveau de la laiterie, nous réceptionnons le lait de notre ferme, ainsi que celui des Peules que nous traitons avant d’en faire du yaourt, du fromage et du lait frais puis les revendons à moindre coût aux populations », explique-t-elle. Père Alain Kaboré, responsable local de l’ONG, y voit une collaboration « gagnant-gagnant. »
Père Alain Kaboré, responsable local de l’ONG SAPHE SARL
Des femmes qui épargnent et planifient
Plusieurs associations féminines ont reçu des unités de transformation de riz et des formations en agriculture moderne ou en culture maraîchère. Parmi elles, le groupement V11 composé des femmes déplacées internes de Bagré (une trentaine), aujourd’hui autonomes, selon Alizetta Sawadogo, représentante du groupement Vénengré. Selon dame Sawadogo, elle et ses collègues ne dépensaient pas plus de 250 FCFA par jour, mais aujourd’hui, grâce au projet, elles sont à plus de 500 FCFA. Après chaque récolte, soutient-elle, le groupe procède à la répartition des gains entre les membres et en épargne une partie en vue d’acheter les intrants pour la prochaine saison. C’est ce mécanisme qui illustre le passage de l’assistanat à l’autonomisation : le groupe prépare lui-même sa prochaine saison. Elle ajoute qu’en trois ans, son mari « a un autre regard » sur elle. « Je ne demande même plus à papa (entendez son époux) ce que nous devons manger, encore moins de la scolarité des enfants », confie-t-elle.
Alizetta Sawadogo, représentante du groupement Vénengré de Bagré
Une situation qui profite à toute la famille
Hamado Koanda, chef de famille d’environ soixante-dix ans, décrit lui aussi le changement positif opéré dans leurs vies, lui qui devait, auparavant, aller travailler en ville pour avoir de la liquidité, sans oublier l’énergie nécessaire à fournir pour la culture vivrière. Aujourd’hui, non seulement il arrive à mieux se reposer mais la scolarité de ses enfants est aussi garantie.
Hamado Koanda, chef de famille et bénéficiaire
Un bilan encourageant à documenter et à vulgariser partout où de besoin
De tout ce qui précède, on peut affirmer que le projet a un impact significatif sur les bénéficiaires de Bagré. Cependant, un regard critique s’impose. Car passer d’un revenu journalier de 250 à plus de 500 FCFA aujourd’hui, est un véritable progrès, mais il n’en demeure pas moins qu’il reste modeste. Et si l’on multiplie 30 femmes en moyenne par association sur les 11 existantes, cela donne un total de plus de 300 familles qui peuvent, aujourd’hui, manger à leur faim.
Ainsi, désormais à Bagré, l’aide ne s’arrête donc pas à la distribution de denrées, elle installe des outils, un débouché et des habitudes d’épargne qui permettent aux familles de décider elles-mêmes de la suite.
Abel AZONHANDE
















