Le ministère de la Santé a tenu ce mardi 18 mars 2026 une conférence de presse pour annoncer les couleurs de la première édition du Forum National sur le Financement de la Santé (FONAFIS). Un rendez-vous présenté comme un tournant décisif pour consolider les acquis d’un système sanitaire en pleine mutation et renforcer la protection financière des populations.
Face aux journalistes, le Dr Robert Lucien Kargougou, ministre de la Santé, a indiqué que « Le financement de la santé est la pierre angulaire de tout système de santé performant et équitable. » Une entrée en matière sobre, mais qui résume à elle seule la philosophie de cet événement. Et pour asseoir son propos, le ministre Kargougou a rappelé le chemin parcouru. Entre 2010 et 2021, la mortalité maternelle a reculé de 42 % et la mortalité infanto-juvénile de 63 %. Des résultats qu’il salue, tout en refusant de s’y complaire.
Car au-delà de ces avancées encourageantes, le système de santé burkinabè doit encore surmonter certains obstacles structurels pour atteindre sa pleine efficacité. Les ménages supportent encore 44 % des dépenses courantes de santé de leur propre poche, selon les Comptes Nationaux de Santé de 2023. Pire, environ 21 % des dépenses totales de santé dépendent encore du financement extérieur, exposant le pays aux humeurs changeantes des bailleurs de fonds internationaux.
Le ministre n’a pas mâché ses mots face à ce constat « Sans ressources suffisantes, stables et bien allouées, les meilleures réformes techniques demeurent lettre morte, les soignants travaillent sans moyens, et les populations, en particulier les plus vulnérables continuent de faire face à des dépenses catastrophiques qui les appauvrissent. » Une réalité qui, selon lui, « commande l’urgence d’agir ». C’est précisément pour y répondre que le gouvernement a décidé, selon ses propres termes, « d’affronter ce défi avec détermination et lucidité », à travers l’organisation du FONAFIS.
Trois jours durant, à la Salle de conférence de Ouaga 2000, plus de 400 participants dont des décideurs politiques, des experts, partenaires techniques et financiers, représentants de la société civile et du secteur privé plancheront sur vingt-sept sessions thématiques structurées autour de trois axes : la souveraineté sanitaire, la mobilisation des ressources nationales et la protection de la population.
Le forum, placé sous le Très Haut Patronage du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, s’ouvrira aussi aux leçons venues d’ailleurs notamment de pays invités dont le Rwanda, le Ghana, la Thaïlande et le Maroc. Mais le ministre a tenu à préciser l’état d’esprit dans lequel cette ouverture se fera, il s’agira de « s’inspirer sans se copier, pour apprendre sans perdre notre identité. » Une nuance qui en dit long sur la volonté de souveraineté qui anime l’ensemble de la démarche.
Au bout du processus, l’ambition est clairement formulée : « Transformer les bonnes intentions en engagements financiers fermes, les diagnostics partagés en feuilles de route opérationnelles, et les déclarations politiques en actes budgétaires concrets », a martelé le Dr Kargougou, fixant ainsi la barre très haut pour les travaux à venir.
La conférence de presse s’est conclue par le lancement officiel du site web du FONAFIS 2026, désormais accessible au grand public et aux partenaires pour suivre les travaux, les résultats et les engagements issus du forum.
Farida Sawadogo
















