Derrière les images d’enfants soignés dès leurs premiers mois de vie se cache une réalité. Environ 10 % des patients actuels du Programme Pied Bot ont plus de 5 ans et n’ont pas accès à des soins appropriés. Pour eux, la prise en charge est plus lourde, plus coûteuse et surtout, personne ne veut en payer la facture.
Normalement, chaque enfant né avec le pied bot devrait être détecté et traité dès la naissance par la technique de Ponseti. Mais dans les faits, certains parents se présentent avec des enfants déjà âgés de plus de 5 ans, n’ayant eu accès à aucun soin approprié. En cause, selon le programme : la stigmatisation, l’ignorance, ou tout simplement le manque d’informations exactes sur la disponibilité du traitement.
Une prise en charge bien plus lourde
Chez ces grands enfants, il est encore possible de corriger le pied bot avec la technique de Ponseti et ses plâtrages successifs. Mais pour ceux dont les tendons sont devenus trop rigides, avec des modifications osseuses liées à la marche, le plâtrage seul ne suffit plus : il faut associer la chirurgie. Le Dr Fayçal Oubda, manager du programme Pied bot au Burkina évoque plusieurs interventions possibles : l’allongement du tendon d’Achille en Z, le transfert du tendon tibial, des capsulotomies, voir des ostéotomies.
La facture : 1 465 000 F CFA à la charge des familles
C’est là que réside tout le problème : « aucune ONG ne veut supporter le coût de la chirurgie. » Résultat, ce sont les parents qui doivent seuls assumer ces soins. Le détail de la facture donne le vertige :
– Chirurgie : jusqu’à 500 000 FCFA par pied, soit 1 000 000 FCFA pour les deux pieds, rien que pour l’opération ;
– Kinésithérapie post-chirurgicale : environ 100 000 FCFA pour 40 séances, à raison de 2 500 FCFA la séance ;
– Matériel de mobilité post-chirurgie : 225 000 FCFA en moyenne (déambulateur à 30 000 FCFA, béquilles axillaires à 25 000 FCFA, fauteuil roulant à 170 000 FCFA) ;
– Chaussures orthopédiques pour trois années de suivi : 90 000 FCFA.
Au total, la prise en charge complète d’un grand enfant présentant un pied bot à un stade tardif est estimée en moyenne à 1 465 000 FCFA.
Un contraste frappant avec le traitement à la naissance
Cette somme est à mettre en perspective avec le coût du traitement précoce. Lorsqu’il est détecté dès la naissance, le pied bot se traite par la méthode de Ponseti (plâtrages, ténotomie, puis port d’attelles) pour un coût estimé à 520 000 FCFA sur cinq ans, entièrement pris en charge gratuitement par le programme dans ses centres partenaires. Le contraste est net : d’un côté, un traitement gratuit et non chirurgical si l’enfant est détecté tôt ; de l’autre, une opération lourde de près de 1,5 million de francs CFA, intégralement à la charge des familles, si la prise en charge arrive trop tard.
Détecter tôt : l’unique parade
Ce constat éclaire d’un jour nouveau l’importance de la sensibilisation et de la détection précoce mises en avant par le Programme Pied Bot — notamment auprès des agents de santé des maternités, chargés de repérer et de référer les enfants dès la naissance. Le programme se dit par ailleurs à la recherche de partenaires spécifiquement pour cette catégorie d’enfants « oubliée », afin de financer la chirurgie, la kinésithérapie, le matériel de mobilité et les chaussures orthopédiques dont ils ont besoin.
Abel Azonhandé
















