Malgré les efforts du gouvernement, 14 Maladies tropicales négligées (MTN) demeurent endémiques au Burkina Faso. Parmi elles figurent la dengue, la filariose lymphatique, l’onchocercose, la schistosomiase, les helminthiases transmises par le sol (STH), le trachome, la lèpre, la leishmaniose, l’ulcère de Buruli, le pian, la gale, la rage, les envenimations par morsure de serpent, la trypanosimiase humaine africaine (THA) et le Noma. C’est du moins ce qui ressort de la conférence de presse du Réseau Accès aux Médicaments Essentiels (RAME) ce mardi 3 février 2026 à Ouagadougou dans le cadre de ses activités en marge de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre les MTN.
Les MTN constituent un groupe diversifié de 21 maladies qui sévissent principalement dans les populations pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Elles sont dues à différents agents pathogènes (virus, bactéries, parasites, champignons ou toxines) et ont des conséquences sanitaires, sociales et économiques dévastatrices.
Une maladie tropicale négligée au moins est endémique dans les 47 pays de la région, et cinq maladies tropicales au moins sont co-endémiques dans 36 (78 %) d’entre eux. Les MTN touchent une personne sur six dans le monde. La région africaine supporte environ 40 % de la charge mondiale de morbidité due aux MTN.
Au Burkina Faso, des progrès significatifs ont été réalisés dans la lutte contre les MTN grâce à l’engagement du ministère en charge de la santé à travers le Programme national de la lutte contre les MTN (PN MTN). Si certaines MTN sont en voie d’élimination, d’éradication et de contrôle, des efforts demeurent en termes de mobilisation des financements, d’accessibilité aux soins de qualité.
Ida Sawadogo, chargée de programme au RAME, indique qu’en dépit de ses efforts, certaines MTN restent insuffisamment documentées, notamment les trématodoses d’origine alimentaire, la cysticercose, l’échinococcose et les mycétomes, limitant ainsi une meilleure planification des interventions ; 14 MTN demeurent endémiques au Burkina ; 5 MTN, bien qu’endémiques, à savoir la cysticercose, l’échinococcose, les mycétomes, la gale et les tréponématoses, ne disposent pas encore d’une stratégie de lutte suffisamment cordonnée et structurée ; des maladies telles que la shistosomiase, l’onchocercose (qui affecte les yeux) et la filariose lymphatique continuent d’affecter durablement les communautés rurales, compromettant le développement socio-économique, la scolarisation des enfants et la productivité des populations.
Ida Sawadogo ajoute également que le contexte sécuritaire constitue un frein majeur, avec des restrictions d’accès à certaines zones lors des activités de dépistage des cas et des traitements de masse ; la part du budget national allouée à la santé (11,98%) qui demeure toujours faible par rapport aux 15% recommandés par la déclaration d’Abuja. Ce qui a une incidence sur le financement adéquat de la lutte contre les MTN ; au-delà de la charge de morbidité, les déformations, incapacités et handicaps liés aux MTN sont des sources importantes de stigmatisation et de discrimination, entrainant des conséquences socio-économiques négatives pour les personnes affectées ; l’arrivée tardives de certains intrants compromet la mise en œuvre efficace et dans les délais des activités de TDM ; le système d’approvisionnement en intrants MTN n’est pas intégré au circuit de la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG), en raison de l’absence de convention formelle, ce qui fragilise la disponibilité continue des produits ; la sous-notification des effets indésirables observés lors des TDM demeure un défi, limitant l’amélioration de la pharmacovigilance et la confiance des communautés etc.
Engagé activement dans la lutte contre les MTN en collaboration avec d’autres OSC, notamment l’association Vision Nouvelle (AVN), le SPONG et bien d’autres, le RAME invite le ministère de la Santé à renforcer la documentation et la recherche opérationnelle sur les MTN, d’élaborer et opérationnaliser des stratégies nationales coordonnées pour les MTN, de renforcer les interventions intégrées en milieu rural, en combinant prévention, dépistage, traitement et actions WASH, d’adapter les stratégies de mise en œuvre au contexte sécuritaire à travers des approches flexibles, communautaires et innovantes, d’augmenter les financements domestiques alloués à la santé et aux MTN, de mettre en œuvre des actions de lutte contre la stigmatisation et la discrimination, d’améliorer la planification et l’anticipation des besoins en intrants, d’intégrer l’approvisionnement en intrants MTN dans le circuit de la CAMEG, de renforcer la pharmacovigilance et la notification des effets indésirables par la formation des prestataires, l’amélioration des outils de collecte et la sensibilisation des communautés et d’intégrer les interventions en liant les MTN aux soins de santé primaires, à la couverture sanitaire universelle, aux programmes WASH, à l’éducation et à d’autres secteurs.
Abel Azonhandé













